Aller au contenu principal
Blog

GAFI : liste noire, liste grise et juridictions à risque

Le GAFI publie une liste noire et une liste grise des juridictions à risque. Définitions, listes à jour, effets pour les organismes assujettis et lien avec la liste UE.

GAFI : liste noire, liste grise et juridictions à risque
Sébastien Beaulieu
9 min de lecture
Réglementation

Le GAFI, ou Groupe d’action financière, est l’organisme international qui fixe les normes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Il identifie les juridictions dont les dispositifs présentent des déficiences stratégiques et les inscrit sur deux listes : la liste noire, pour les pays appelant des contre-mesures, et la liste grise, pour les pays placés sous surveillance renforcée. Ces listes ne sont pas des sanctions financières. Ce sont des signaux qui orientent la vigilance des organismes assujettis.

Comprendre ces listes est utile à tout professionnel soumis aux obligations LCB-FT, car la présence d’un pays sur l’une d’elles modifie le niveau de vigilance à appliquer aux relations et opérations qui s’y rattachent. Cet article précise le rôle du GAFI, la différence entre liste noire et liste grise, l’état des listes à jour, le mécanisme d’entrée et de sortie, les effets pour les assujettis et l’articulation avec la liste de l’Union européenne.

Qu’est-ce que le GAFI ?

Le GAFI est une organisation intergouvernementale créée en 1989, dont le siège est à Paris. Sa mission est d’élaborer et de promouvoir les normes internationales de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive.

Ces normes prennent la forme des quarante recommandations du GAFI, qui fixent les mesures que les pays doivent mettre en œuvre : réglementation des institutions financières, transparence des bénéficiaires effectifs, coopération internationale, gel des avoirs, déclaration des opérations suspectes. Le GAFI évalue régulièrement les pays au moyen d’évaluations mutuelles, qui mesurent à la fois la conformité technique aux recommandations et l’efficacité réelle des dispositifs.

À l’issue de ces évaluations, le GAFI peut placer une juridiction sous un suivi particulier, matérialisé par l’inscription sur l’une de ses deux listes.

Les quarante recommandations et l’évaluation mutuelle

Les normes du GAFI prennent la forme de quarante recommandations, qui couvrent l’ensemble du dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Elles portent notamment sur l’évaluation des risques, les mesures de vigilance à l’égard de la clientèle, la transparence des bénéficiaires effectifs, les obligations de déclaration, les pouvoirs des autorités et la coopération internationale. Elles constituent le référentiel commun à partir duquel les dispositifs nationaux sont conçus et appréciés.

Le GAFI s’appuie sur un réseau d’organismes régionaux de type GAFI, qui relaient ses normes et conduisent des évaluations dans leurs zones respectives. Ce maillage couvre l’ensemble des continents et étend l’application des standards au-delà des seuls membres directs du GAFI.

L’évaluation mutuelle est le mécanisme central. Chaque pays est examiné par ses pairs selon deux axes. La conformité technique mesure si le pays a transposé les recommandations dans son droit. L’efficacité mesure si le dispositif produit des résultats concrets : enquêtes, condamnations, confiscations, coopération effective. Un pays peut être techniquement conforme tout en restant peu efficace, et c’est souvent l’efficacité qui détermine son classement. C’est à l’issue de ces évaluations que le GAFI décide d’inscrire ou non une juridiction sur l’une de ses listes.

Liste noire et liste grise : quelle différence ?

Les deux listes traduisent des niveaux de risque distincts.

La liste noire, dont l’intitulé officiel est « juridictions à haut risque faisant l’objet d’un appel à l’action », vise les pays présentant des déficiences graves et persistantes. Le GAFI appelle ses membres à appliquer une vigilance renforcée à l’égard de ces juridictions et, pour les plus risquées, des contre-mesures. C’est le niveau le plus élevé.

La liste grise, dont l’intitulé officiel est « juridictions sous surveillance renforcée », vise les pays qui présentent des déficiences stratégiques mais qui se sont engagés, dans un calendrier convenu avec le GAFI, à les corriger au moyen d’un plan d’action. Ces pays restent coopératifs. Leur inscription appelle une vigilance accrue, sans aller jusqu’aux contre-mesures.

Ces listes ne sont pas des listes de sanctions et n’emportent pas de gel des avoirs. Elles n’interdisent pas les relations avec les pays concernés. Elles imposent d’adapter le niveau de vigilance.

Les listes à jour

À la date de mise à jour de cet article, à l’issue de la plénière du GAFI du 19 juin 2026, l’état des listes est le suivant.

La liste noire comprend trois juridictions : l’Iran, la Corée du Nord et le Myanmar. Cette composition est stable depuis plusieurs années.

La liste grise comprend une vingtaine de juridictions, dont le nombre s’établissait à vingt-deux à l’issue de la plénière de juin 2026. Cette plénière a ajouté l’Irak et la Bosnie-Herzégovine, qui se sont engagés sur des plans d’action, et a retiré l’Algérie et la Namibie, dont les visites sur place ont confirmé l’achèvement de leur plan d’action.

La composition de la liste grise change à chaque plénière, soit environ trois fois par an. Pour disposer de l’état exact à une date donnée, il convient de se reporter à la source officielle du GAFI. Un dispositif de filtrage doit s’appuyer sur cette source actualisée, et non sur une liste figée.

Comment une juridiction entre et sort des listes

Le parcours d’une juridiction suit une logique d’évaluation et de remédiation.

L’inscription résulte d’une évaluation mutuelle qui identifie des déficiences stratégiques. Pour la liste grise, le pays s’engage sur un plan d’action assorti d’échéances. Pour la liste noire, les déficiences sont jugées graves et persistantes, et l’engagement de remédiation est insuffisant ou absent.

La sortie suppose la mise en œuvre effective du plan d’action, vérifiée par une visite sur place. Lorsque le GAFI constate que les engagements ont été tenus, il retire la juridiction de la liste. Ce mécanisme explique le caractère mouvant de la liste grise, où les entrées et les sorties se succèdent au gré des progrès accomplis.

Les effets pour les organismes assujettis

Pour un organisme soumis aux obligations LCB-FT, la présence d’un pays sur une liste du GAFI a un effet concret sur le niveau de vigilance.

Les relations d’affaires et les opérations impliquant une juridiction à haut risque appellent des mesures de vigilance renforcée. Cela peut inclure un examen plus approfondi de l’origine des fonds, une surveillance accrue des opérations, et la collecte d’informations complémentaires sur l’objet et la nature de la relation. Pour les juridictions de la liste noire, des contre-mesures plus strictes peuvent s’appliquer.

Cette vigilance pays s’ajoute aux autres dimensions de l’analyse de risque, comme le profil du client, les produits et les canaux de distribution. Elle ne s’y substitue pas. Une opération vers une juridiction sous surveillance n’est pas interdite, mais elle est examinée avec une attention supérieure.

Les conséquences d’une inscription pour un pays

L’inscription sur une liste du GAFI dépasse le champ de la conformité. Elle produit des effets économiques. Les flux d’investissement étranger tendent à se réduire, les coûts et les délais des transactions transfrontières augmentent, et les relations de correspondance bancaire avec le pays concerné peuvent être restreintes. Les institutions financières étrangères appliquent une vigilance renforcée, parfois jusqu’à limiter leur exposition.

Ces effets expliquent que les États engagent des réformes pour sortir des listes. La perspective d’un retrait, conditionné à la mise en œuvre effective d’un plan d’action, constitue un levier puissant. Pour les organismes assujettis, ces conséquences confirment que la vigilance géographique n’est pas théorique : elle reflète un risque mesuré par l’évaluation des pairs.

La liste de l’Union européenne des pays tiers à haut risque

Le GAFI n’est pas la seule source. L’Union européenne établit sa propre liste des pays tiers présentant des carences stratégiques en matière de LCB-FT, par voie de règlement délégué de la Commission. Cette liste est largement alignée sur celle du GAFI, mais elle est juridiquement distincte et peut comporter des différences de périmètre ou de calendrier.

L’inscription sur la liste de l’Union emporte des effets en droit de l’Union : les organismes assujettis doivent appliquer des mesures de vigilance renforcée aux relations et transactions impliquant ces pays. Le règlement (UE) 2024/1624 confirme cette obligation pour les transactions, y compris occasionnelles, impliquant un pays tiers à haut risque. Un organisme doit donc suivre les deux référentiels, celui du GAFI et celui de l’Union, et appliquer le niveau de vigilance le plus exigeant.

Listes du GAFI et gel des avoirs : à ne pas confondre

Une confusion fréquente consiste à assimiler les listes du GAFI à des listes de gel des avoirs. Ce sont deux dispositifs distincts.

Les listes du GAFI désignent des juridictions, pas des personnes. Elles n’emportent aucun gel automatique. Elles orientent une vigilance géographique, appliquée aux relations et opérations rattachées à un pays.

Les mesures de gel des avoirs, à l’inverse, visent nommément des personnes et des entités désignées par les Nations unies, l’Union européenne ou les autorités nationales. Elles imposent une obligation de résultat : immobiliser les avoirs et interdire toute mise à disposition. Un organisme doit donc traiter ces deux registres séparément, avec des effets juridiques différents.

Erreurs fréquentes

La première erreur consiste à confondre les listes du GAFI, qui visent des pays, et les listes de sanctions, qui visent des personnes et emportent un gel.

La deuxième erreur est de s’appuyer sur une liste figée. Les listes du GAFI évoluant à chaque plénière, un référentiel non actualisé expose à un manquement.

La troisième erreur est de suivre la seule liste du GAFI sans tenir compte de la liste de l’Union européenne, juridiquement distincte.

La quatrième erreur est d’interpréter l’inscription d’un pays comme une interdiction de toute relation. Elle impose une vigilance renforcée, pas un refus systématique.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le GAFI ?

C’est l’organisation intergouvernementale créée en 1989, dont le siège est à Paris, qui fixe les normes internationales de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, au moyen de quarante recommandations.

Quelle différence entre liste noire et liste grise du GAFI ?

La liste noire vise les pays à haut risque appelant des contre-mesures. La liste grise vise les pays sous surveillance renforcée, engagés dans un plan d’action de correction. La liste noire correspond au niveau de risque le plus élevé.

Quels pays figurent sur la liste noire du GAFI ?

À jour de juin 2026, la liste noire comprend l’Iran, la Corée du Nord et le Myanmar. Cette composition est stable depuis plusieurs années.

Les listes du GAFI sont-elles des sanctions ?

Non. Ce ne sont pas des sanctions financières et elles n’emportent pas de gel des avoirs. Elles signalent des juridictions à risque et orientent le niveau de vigilance des organismes assujettis.

Que doit faire un organisme face à un pays listé ?

Appliquer des mesures de vigilance renforcée aux relations et opérations impliquant cette juridiction, et suivre l’actualisation des listes du GAFI et de l’Union européenne à partir des sources officielles.


Sources : Groupe d’action financière (GAFI), recommandations et listes des juridictions à haut risque et sous surveillance renforcée, plénière du 19 juin 2026 (fatf-gafi.org) ; règlement délégué de la Commission européenne établissant la liste des pays tiers à haut risque ; règlement (UE) 2024/1624 (AMLR) ; code monétaire et financier, mesures de vigilance renforcée.

Thématiques

GAFI Liste grise Liste noire

Partager cet article

Besoin d'une solution de conformité ?

Découvrez comment Efficiale simplifie vos obligations LCB-FT.

Demander une démo